Au Louvre, la Galerie d’Apollon retrouve son éclat patrimonial
Par Fil Info Culture le 27 août 2026

Crédit photo vue de la galerie d'Apollon © 2026 Musée du Louvre_ Audrey Viger 01-jpg
Fermée depuis le vol du 19 octobre 2025, la Galerie d’Apollon a rouvert au public le 22 juillet. Elle retrouve sa vocation première : celle d’un décor monumental conçu au XVIIe siècle comme une œuvre d’art à part entière.
Il faut désormais lever les yeux. Longue de 61,34 mètres, haute de 15 mètres et couvrant quelque 600 m², la Galerie d’Apollon constitue l’un des ensembles les plus remarquables du Louvre. Son décor de stucs, de peintures et de tapisseries témoigne d’une histoire artistique étendue sur plus de deux siècles. Il porte notamment la marque de Charles Le Brun, François Girardon, des frères Marsy et, au XIXe siècle, d’Eugène Delacroix.
Un décor au service du pouvoir royal
L’histoire de la galerie est intimement liée à celle du pouvoir monarchique. Sous Henri IV, la « Petite Galerie », construite entre 1594 et 1596 à proximité des appartements royaux, devient un lieu de représentation de la Cour. Son décor peint et sculpté célèbre les rois, les reines et les figures illustres.
L’incendie du 6 février 1661 bouleverse cet ensemble. Louis Le Vau est chargé de sa reconstruction et Charles Le Brun en reprend le décor à partir de 1663. Il lui donne un nouveau programme consacré à Apollon. Le dieu du Soleil et des arts, choisi par Louis XIV comme figure tutélaire de son règne, devient le centre d’un vaste ensemble symbolique associant les éléments, les saisons, les mois et la course des planètes.
Ce décor annonce celui de la galerie des Glaces de Versailles, dont il constitue l’un des modèles. La Galerie d’Apollon s’inscrit ainsi au cœur de l’histoire de l’art décoratif français du Grand Siècle.
Un décor achevé sur plus de deux siècles
Le chantier est interrompu en 1671, lorsque Louis XIV choisit Versailles pour nouvelle résidence et y redirige les talents mobilisés au Louvre. Au XVIIIe siècle, l’Académie royale de peinture et de sculpture poursuit l’achèvement du plafond. Entre 1769 et 1781, plusieurs artistes réalisent notamment des compositions consacrées au Printemps, à l’Automne, à l’Été et à l’Hiver.
Sous la IIe République, l’architecte Félix Duban dirige la restauration et l’achèvement de la galerie. Pour préserver l’unité de l’ensemble, les artistes contemporains sont invités à s’inspirer du programme imaginé par Le Brun deux siècles auparavant. Eugène Delacroix réalise ainsi le compartiment central, Apollon vainqueur du serpent Python, une composition conçue pour être vue depuis le sol et s’intégrer au décor existant.
Duban reconstitue également les boiseries de style Louis XIV et fait installer vingt-huit portraits en tapisserie, tissés aux Gobelins entre 1854 et 1863. La galerie prend alors l’aspect qu’elle présente aujourd’hui.
Des trésors royaux au décor retrouvé
Au sein du musée créé en 1793, la galerie accueille des œuvres dès 1797. À partir de 1861, elle devient également un lieu d’exposition des objets précieux provenant notamment des collections royales : gemmes de Louis XIV, laques de Marie-Antoinette, trésors de l’abbaye de Saint-Denis et pièces de l’ordre du Saint-Esprit.
En 1887, huit joyaux issus des Diamants de la Couronne sont réservés au Louvre et exposés dans la galerie. Ils sont épargnés lors du vol du 19 octobre 2025, au cours duquel des parures du Second Empire sont dérobées.
Après plusieurs mois de fermeture, la réouverture marque un retour aux sources. Les vitrines et les objets précieux ayant été retirés, le décor monumental retrouve sa pleine visibilité. Le visiteur peut ainsi redécouvrir un espace conçu à l’origine comme une galerie d’apparat, reliant la rotonde d’Apollon au Salon carré et ouvrant sur la Grande Galerie.
Plus de trois siècles après le début de sa construction, la Galerie d’Apollon retrouve ainsi sa vocation première : être, au cœur du Louvre, une œuvre d’art destinée à représenter le pouvoir autant qu’à être contemplée.
